Published On : 30 mars 2020 |Last Updated : 9 avril 2020 |1215 words|5,1 min read|2 Commentaires on Chronique de con finé|

« La France est en guerre ». Le ci-devant Macron, souverain du bas peuple et seul maître après le CAC40, n’a pas peur des hyperboles, surtout quand elles sont ridicules. Après avoir systématisé les funérailles nationales pour le moindre milicien tombé en embuscade ici ou là (les vétérans d’Algérie apprécient), il s’est inventé sa guéguerre et son occasion de jouer les matamores sanitaires. On n’est plus à une pose martiale près.

Pendant ce temps, mon copain Wikipédia me dit que, entre 1982 et 2013, la France a perdu 30 % de ses lits d’hôpitaux, quand dans le même temps, sa population a augmenté de 18,5 %. Une recherche croisée sur le site de l'INSEE me dit que, entre 1982 et 2013, l’âge médian est passé de 36 ans à 41 ans, soit un vieillissement de la population de 14 %.

À moins que les gouvernements successifs depuis 1983 ne reçoivent pas les mémos de l’INSEE, c’est un acte de sabotage délibéré. Je propose donc de poursuivre pour complicité de crime contre l’humanité les présidents de la république (sans majuscule, parce qu’elle est indigne), premiers ministres et ministres de la santé qui ont œuvré à ce saccage :

  • François Mitterrand, Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Jacques Chirac, Michel Rocard, Edith Cresson, Jack Ralite, Édouard Balladur, Claude Évin, Bernard Kouchner*, Simone Veil,
  • Jacque Chirac, Alain Juppé, Lionel Jospin, Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin, Élisabeth Hubert*, Jean-François Mattei*, Philippe Douste-Blazy*, Xavier Bertrand, Philippe Bas,
  • Nicolas Sarkozy, François Fillon, Roselyne Bachelot-Narquin**,
  • François Hollande, Jean-Marc Ayrault, Marisol Touraine.

*médecin, **pharmacien

Ils sont responsables de la situation sanitaire dans laquelle nous nous trouvons et n’ont manifestement pas pris les mesures adéquates pour l’éviter. Ils doivent en répondre devant la justice, vu qu’on n’a plus le droit de les accrocher à une lanterne.

Pendant ce temps, le confinement, censé être un moyen de limiter les rapprochements entre personnes, est en train de devenir une fin en soi, avec une sur-pénalisation croissante et un encadrement restrictif à la lettre pour empêcher les gens de sortir de chez eux. Les cow-boys en Bleu-Marine (coïncidence ?) s'en donnent à cœur-joie pour exercer la justice expéditive de rue, verbalisant à la tête du client et en fonction du calendrier de leurs menstruations les cas qu’ils jugent, d’eux-mêmes, rentrer ou pas dans les rubriques du petit formulaire macroniste de sortie dérogatoire écrit avec le cul (apparemment, ils se font plaisir sur les vices de forme). Les recours judiciaires à l’arbitraire du keufinement sont maigres, puisqu’on est en « état d’urgence », ce qui veut dire que la flicaille se substitue à la justice, pour le plus grand bonheur du Trésor Public. Apparemment, l’urgence est de retrouver le cerveau des porte-flingues du gouvernement. Et si même les psychiatres n'y arrivent pas, on n’est pas sorti du bois…

Je voudrais aussi savoir combien de personnes ont été contaminées en faisant du sport seul au-delà du kilomètre horaire autorisé hors du domicile, pour qu’on justifie d’emprisonner les gens à domicile.

Au 30 mars, 44 550 cas de COVID-19 ont été confirmés en France (étant entendu que l’essentiel est probablement passé sous le radar), donnant lieu à 21 000 hospitalisations et 3024 décès. Ramené à 67 millions d’habitants, ça fait 0,07 % de la population infectée. Je ne sais pas pourquoi, mais on oublie toujours de ramener ces chiffres en ratio de la population globale. Depuis le début de la pandémie COVID-19, au niveau mondial, on est à environ 20 % de mortalité sur les cas « fermés » (patients guéris ou morts). Les statistiques cliniques de mortalité sont plutôt de l’ordre de 2 % en France à 3,5 % pour l'Iran.

J’ai d’autres statistiques en tête, qui m’inquiètent d’avantage. En 2017, 9,8 % de la population a souffert d’un épisode de dépression d’au moins 2 semaines, avec une fragilité particulière des gens ayant un faible revenu (+3 %) et des chômeurs (+5 %). La particularité des gens à faible revenu, en ce moment, c’est qu’ils sont très probablement confinés dans 12 à 30 m². Le moral doit être bon après deux semaines, sans parler des rythmes circadiens… Plus de la moitié des suicides sont imputables à une dépression, et on estime à la louche que 5 à 20 % des dépressions débouchent sur un suicide (ça reste difficile à estimer). Donc la dépression est une maladie mortelle qui tue 2 à 3 fois plus que COVID-19, et tue surtout chez les moins de 40 ans. En 2017, environ 8780 personnes se sont suicidées (sans compter les tentatives) en France, presque 3 fois plus que le nombre de morts du COVID-19 à ce jour, et on peut donc supposer qu’au moins 4400 des cas concernent des dépressions (et les plus touchés sont… les professions médicales, devant la police et les agriculteurs).

On est en train d’assigner à résidence 67 millions de personnes dans des conditions sordides, pour les protéger d’une épidémie qui ne touche même pas 0,1 % de la population (pour l’instant), concentrée sur 4 secteurs géographiques à haute densité de population, et tue 2 à 3 % maximum, essentiellement chez les plus de 60 ans, sans voir que le remède (confinement pénalisé) risque de faire bondir une maladie 2 à 3 fois plus mortelle qui touche déjà presque 10 % de la population en temps normal.

Quand les pompiers iront décrocher les dépressifs du lustre, je pense qu’ils seront ravis qu’ils ne soient pas mort de COVID-19. Enfin, pas directement. Dans la lutte contre COVID-19, je pense qu’on devrait aussi interdire les points d’ancrage au plafond et la vente de corde.

Au-delà du problème de santé mentale, en l’absence d’activité physique suffisante, la santé cardio-vasculaire se dégrade plus ou moins vite (mais je n’arrive pas à trouver d’étude sur la vitesse de dégradation après l’arrêt complet de l’activité physique). Il est envisageable que la contagion reprenne de plus belle dès la levée du confinement (prévoyez un retour massif dans les bars), et que le virus trouve alors des gens affaiblis par 1 mois de sédentarité (ou plus, si on continue d’être con), surtout qu’on sait que les maladies cardio-vasculaires et respiratoires sont des facteurs aggravants.

C’est un problème d’actuariat où il faut mettre en balance le risque lié à la contagion, et le risque lié au confinement. Mais on a complètement laissé tomber les risques du confinement, l’objectif de 7500 à 12 000 pas par jour, tous les « manger, bouger » dont on nous rebat les oreilles, et personne ne s’est dit que le remède était potentiellement pire que le mal.

J’attends toujours l’étude qui prouve qu’aller se promener seul, voire en forêt, ou que rouler ses 60 km de vélo augmente les risques de transmission du virus. Mais c’est sûr que brandir « restez chez vous pour sauver des vies », ça donne l’impression d’agir quand on est totalement impuissant, et quand on a plus de 4 m entre son lit et sa cuisine, j’imagine qu’on ne doit pas bien voir le problème.

En attendant, la santé mentale, c’est toujours un luxe pour ceux qui peuvent se le permettre. Pour un médecin, le corps humain est un enchevêtrement de mécanismes à protéger des agressions extérieures, et tout ce qui ne relève pas de la mécanique est hors sujet.

Mes chers cons finés, vive la raie pudique et vive la Gaule romaine.

  1. Quentin 9 avril 2020 à 4 h 14 min - Répondre

    Bonjour Aurélien,
    Étant moi même médecin je partage ton inquiétude sur les troubles dépressif, les personnes à risque de violence domestique, les personnes en rupture de suivi de pathologie chronique du fait de la crise actuelle… Néanmoins n’oublions pas que les statistiques de létalités changent complètement en cas de saturation du système hospitalier. Les formes graves ne touchent pas que les personnes fragiles ou à risque, certains hôpitaux ne font plus d’entrée en réanimation de patients de plus de 65 ans faut de moyen… Il ne faut pas banaliser la dangerosité de l’épidémie actuelle et les mesures mises en place ont un impact important, le seul qu’on puisse avoir sur cette épidémie.
    Par ailleurs la santé mentale est une catastrophe de longue date en France (et ailleurs..) avec un cout pour la société immense (toujours le premier poste de dépense de la CNAM il me semble) et un investissement pour la prise en charge des malades (conditions de travail, prise en charge des traitements non médicamenteux, financement de la recherche, financement des structures de soin) très faible, investissements qui pourraient pourtant être source à terme d’économie…

    • Aurélien 9 avril 2020 à 15 h 04 min

      Bonjour Quentin,

      L’impact des mesures actuelles est difficile à mesurer, en toute rigueur, puisqu’on n’a pas d’échantillon de contrôle pour comparer (et que l’existence même d’un échantillon de contrôle frise les limites de l’éthique). D’autant plus qu’on mesure ce qu’on peut, en ce moment, et c’est surtout ce qu’on voit sans regarder trop loin.

      On sait que la probabilité de guérison de n’importe quelle maladie diminue avec le stress, la dépression, l’anxiété et une mauvaise hygiène de vie. En ce moment, on est en train de taper dans le capital psychologique et cardio-vasculaire des gens, alors qu’en l’absence de vaccin ou de traitement, c’est le seul facteur de chances de survie sur lequel on a le contrôle, compte tenu du fait qu’au moins la moitié de la population doit choper ce virus (ou recevoir le vaccin) à un moment ou à un autre pour que la transmission cesse.

      Qu’on empêche la saturation de système, soit, mais avoir accès à un respirateur ne garantit pas la survie. Du reste, les zones de stress hospitalier sont localisées géographiquement, et gérer le problème de façon nationale, c’est concentrer le pays sur les malades. On est en train d’oublier de garder les autres en bonne santé. On est en train d’oublier que la santé n’est pas juste une absence de maladie déclarée, mais un capital global.

      Donc qu’on mette des secteurs géographiques en quarantaine, pour éviter de propager le problème, je veux bien. Mais assigner les gens à résidence, et surtout de façon uniforme sur le territoire, c’est créer un problème potentiellement plus grave (mais moins spectaculaire).

      Je m’attends à ce que le taux de survie à COVID-19 soit moins bon après 4 semaines de confinement. Je m’attends à ce que les suicides augmentent, mais qu’on s’en rende compte trop tard. Je m’attends à ce que concentrer les efforts sur la brèche la plus visible nous revienne dans la tronche plus fort, mais de façon sournoise.

      On a déjà perdu 10 % de survie depuis le début du confinement (https://www.worldometers.info/coronavirus/country/france/), reste à éplucher les stats pour éliminer les biais et faire des analyses de sensibilité, parce que concomitance n’est pas corrélation, et corrélation n’est pas causalité, mais ça ne présage rien de bon.

      Chacun voit midi à sa porte, et on n’est pas en train d’arbitrer les risques de façon globale, on est en train de tout céder aux services de réanimation parce que ce sont les héros du moment.