Et si les stages rémunérés devenaient obligatoires dès 16 ans ?

Obligatoire en école d’ingénieur, en école de commerce, et dans quasiment tous les masters à l’heure actuelle, le stage en entreprise (de 3 à 12 mois) permet de se confronter à la réalité professionnelle avant l’obtention de son diplôme, tout en acquérant un début d’expérience. Pour beaucoup, il est aussi le baptême du feu et la confirmation — ou l’infirmation — qu’on a choisi la bonne voie. Le problème étant que si infirmation il y a, elle survient un peu tard.

Bien avant le niveau universitaire, en fin de collège et au cours du lycée se posent plusieurs problèmes majeurs, pour les élèves :

  • la difficulté de faire des choix d’orientation éclairés, dans un contexte où le monde professionnel est très éloigné et où un métier quelconque restera plus ou moins fantasmé et abstrait jusqu’au dernier moment, c’est à dire jusqu’à son exercice pratique, et où les orientations « au prestige » ou « aux débouchés » sont très largement la règle,
  • le manque de motivation et le décrochage scolaire, de la part d’élèves qui n’ont souvent aucune idée de leur avenir ni aucune idée de l’intérêt de ce qu’ils passent la journée à apprendre.

Au cours des études universitaires, à l’inverse, on trouve souvent des sujets brillants avec un stylo et une feuille, mais totalement dépourvus d’esprit pratique, immatures sur le plan relationnel et/ou humain, formés à cartonner aux examens et concours dans le temps impartis, mais peu à résoudre des problèmes en équipe en communicant à bon escient (quoique cela commence lentement à changer, du moins dans les grandes écoles), ce qui est à quelques exceptions près au moins 70 % du travail de tout employé qualifié en 2013. Ce sont ceux que j’appelle les surdiplômés incompétents, habiles dans la théorie, inaptes sur le terrain.

Tous ces profils, décrits dans les grandes lignes et en faisant l’économie des certaines nuances, j’en conviens, manquent de la même chose : un « retour à la vie réelle », une expérience de terrain qui les sorte de l’école pour leur montrer ce qu’on fait après, qui leur permette de se trouver, avant de les remettre à l’école pour leur donner les moyens de réaliser leurs projets.

C’est pourquoi je considère qu’un stage rémunéré en entreprise de 10 mois, à la sortie de la classe de seconde, serait une excellente chose pour tout le monde. Ledit stage ferait l’objet d’un rapport par le stagiaire et d’une évaluation par le tuteur de stage comptant pour l’obtention du baccalauréat, et serait obligatoirement effectué hors de la fonction publique.

Ceux qui y rencontreront le métier de leurs rêves sauront quoi faire pour y parvenir.

Ceux qui y rencontreront le job le plus pourri du monde sauront qu’il est encore temps de faire ce qu’il faut pour y échapper. Et comme les emplois au niveau brevet sont majoritairement peu gratifiants, l’opération remplacera judicieusement le service militaire dans ce qu’il avait de plus difficile, et les jeunes des classes sociales favorisées pourront côtoyer d’autres employés non qualifiés, sur une durée significative, ce qui fera du bien à tout le monde.

Tous y acquéreront une maturité et une expérience de terrain qu’aucun cours ne leur donnera jamais, et qui compensera largement le retard que cette césure provoquera dans leur scolarité.

Tous arriveraient à leur majorité, à leur citoyenneté, avec une idée précise de la signification du mot « travail ».

La plupart, espérons le, pourraient choisir avec un peu plus de discernement entre les différentes séries proposées en première, puis entre les différents cursus proposés post-bac.

Enfin, dans une période un peu troublée, les familles seront certainement heureuses de pouvoir compter sur un revenu d’appoint pour financer les futures études de leurs enfants. En passant, le revenu minimum d’un stagiaire devrait être porté au SMIC, puisqu’il est un travailleur comme un autre (et que c’est ainsi que se déroulent les stages dans le reste du monde développé).

Et l’expérience pourrait être renouvelée, pourquoi pas, entre l’obtention du baccalauréat et la première année d’études supérieures. Je crois que les enseignants du supérieur seraient ravis de trouver des élèves un peu plus matures, avec les pieds un peu plus sur terre. Souvent plus qu’eux-mêmes, d’ailleurs, mais c’est un autre débat…

Crédits illustration : Melty Campus