Lampes en cristal de sel : les bienfaits cachés des ions négatifs

Vous en avez vu dans tous les magasins bio, les librairies ésotériques, dans votre salle de yoga préférée : les lampes en sel gemme rose de l’Himalaya nous inondent de leurs bienfaits pour la santé.

On leur prête la vertu de produire des ions négatifs qui, nous disent des magazines à grand tirage, sont essentiels à notre métabolisme, réduisant le stress, les maladies respiratoires, la pollution électromagnétique, et se trouvant en plus grande quantité dans les milieux naturels, proche des cascades par exemple, ou la friction des molécules d’eau en produit de grandes quantités.

Le seul petit problème, c’est que la matière est électriquement neutre, pour une raison bien simple : toute particule chargée est très réactive et ne survit que le temps de réagir avec une autre particule de charge opposée pour redonner une structure neutre.

Un ion, c’est un atome ou un groupe d’atomes qui a/ont perdu un ou plusieurs électrons (ions positifs, appelés cations) ou gagné un ou plusieurs électrons (ions négatifs, appelés anions). Ce déséquilibre dans son nombre d’électrons lui donne une charge électrique positive ou négative qui romprait le principe de neutralité électrique de la matière, mais qui est en fait compensé par le fait qu’un ion négatif existe toujours  À l’état naturel, on les trouve dans 3 milieux :

  1. les cristaux ioniques
  2. les solutions ioniques
  3. les plasmas

Les cristaux ioniques sont des structures géométriques régulières et tridimensionnelles qui associent des ions négatifs et des ions positifs dans un maillage électriquement neutre. C’est le cas de tous les sels minéraux et de la plupart des oxydes : par exemple, le sel de table est un cristal de chlorure de sodium, l’ion chlorure étant un atome de chlore qui a gagné un électron, et l’ion sodium étant un atome qui a perdu un électron. Ces cristaux ont une cohésion plus ou moins forte qui vient de la force d’attraction existant entre éléments de charges opposées.

Cristal de sel – Par Didier DescouensTravail personnel, CC BY-SA 4.0, Lien

Les cristaux ioniques plongés dans l’eau se dissolvent et voient leur structure se désagréger pour former une solution où les ions sont libres et mobiles. La solution est alors électriquement neutre en moyenne, mais les ions mobiles qu’elle contient permettent le passage d’un courant électrique quand il y en a un. C’est le principe de l’électrolyse et de la pile électrique.

Les plamas sont des sortes de soupes d’ions et d’électrons de très haute énergie, un 4e état de la matière, qu’on trouve notamment dans les étoiles, dans le vide galactique, à proximité des arcs électriques et des éclairs d’orage. On pense qu’ils représentent 99 % de la matière de l’univers, et la Terre est une exception puisque le seuls plasmas qu’on y trouve sont responsables des éclairs d’orages et des aurores boréales. En effet, les plasmas sont des milieux généralement très chauds (supérieurs à 2000 °C), électrisés, et donc incompatibles avec la vie telle que nous la connaissons.

Les lampes en cristal de sel « fonctionnant » dans l’air, elles ne peuvent créer ni solution ni cristal ionique. En réalité, le sel qui les compose est déjà un cristal ionique, mais il contient des ions négatifs et positifs, prisonniers d’une structure cubique, donc non mobiles. La seule façon de créer des ions négatifs dans ces conditions est donc de créer un plasma. Mais là encore, ce plasma contiendrait autant de charges positives que négatives, donc on n’est pas plus avancé côté « rééquilibrage ».

Et comment créée-t-on un plasma ? Des lampes à plasma existent depuis les années 1980, et peuvent se trouver en version scientifique pour la recherche (simulation de lumière solaire) ou en version grand-public pour la décoration. Il « suffit » de disposer d’une source électrique de 4000 V, d’un générateur et d’un guide d’onde radio, tout ça dans une cavité résonnante remplie de gaz rares choisis soigneusement, le tout pour une puissance électrique de 1000 W. Le principe consiste à exciter les gaz par des ondes électromagnétiques de haute énergie dans une enceinte fermée dont la géométrie amplifie les vibrations. En cas de bris, cette lampe à plasma cause un danger d’électrocution pour toute personne se trouvant à proximité (le plasma est très conducteur et la source est de tension élevée), mais un plasma non excité, dans les conditions terrestres, redevient rapidement un gaz tout à fait normal.

Vous reconnaissez là plus ou moins le schéma de fonctionnement d’une lampe en cristal de sel dans laquelle on a mis une ampoule de frigo de 25 W. [Ironie]

Il existe d’autres types d’ionisations, qui se basent toujours sur l’arrachement d’électrons par des bombardement d’ondes électromagnétiques et/ou de particules à des énergies très élevées. Il y aurait aussi une ionisation naturelle créée dans les nuages entre les gouttes d’eau, par l’effet Lenard, qui implique le frottement des molécules pendant la chute des gouttes (la même chose qu’en se brossant les cheveux, en somme). Mais la théorie à ce sujet date de 1927, et les quelques résultats expérimentaux de 1953 ne sont pas suffisants pour conclure car de nombreux points d’ombre subsistent. Le point commun de toutes les ionisations connues à ce jour impliquent des conditions assez extrêmes et incompatibles avec un milieu sain pour l’homme. D’un point de vue pratique, l’ionisation de l’air fait du bruit et de la lumière, ce qui est facile à voir.

Vous l’aurez compris, la lampe en cristal de sel est une arnaque. Et c’est tant mieux, car si elle produisait effectivement des ions négatifs, elle rendrait l’air conducteur et créerait un risque de se faire électrocuter juste en passant à côté d’une prise électrique. Mais il est amusant que les vendeurs de lampes en cristal de sel ventent leur prétendus mérites de dépollution électromagnétique car, si elles fonctionnaient, elles feraient exactement l’inverse.

Certains sites de vendeurs (qui réussissent l’exploit de se baser sur beaucoup de recherches scientifiques sans mentionner un seul nom de chercheur ou de laboratoire ou d’étude publiée) n’hésitent pas à parler d’ondes électromagnétiques générées par le sel. Dans un sens, c’est vrai, tout corps porté à une température supérieure au zéro absolu (- 273 °C) émet des ondes, les infrarouges, dont l’intérêt pour l’homme est purement thermique. Mais ces ondes ne sont pas créées, juste captées puis ré-émises (on se souvient que l’énergie est conservative). De plus, pour annuler des ondes électromagnétiques, il faut un système actif (dit « actif », au sens où il consomme de l’énergie, par opposition à un matériau inerte comme le sel gemme) qui vise à créer une onde inversée, principe utilisé depuis la fin des années 1980 dans les casques anti-bruit à annulation active.

N’oubliez jamais que dans les années 1910-20, de vrais médecins et pharmaciens vendait entre autres des crèmes rajeunissantes radioactives, préservatifs, compresses, torchons et traitements contre les maladies cardiaques et la dépression au radium, parce qu’on si disait que cette drôle de matière qui émet de l’énergie devait probablement être un élixir de jouvence. Du danger de faire une interprétation métaphysique d’un fait scientifique approximatif et mal compris…

Quant aux bienfaits des ions négatifs sur la santé, cherchez des études cliniques présentant des résultats expérimentaux, et dites-moi si vous en trouvez. Moi pas. Je serais ravi d’en lire, mais en l’absence de preuves et en présence d’une contradiction flagrante entre les affirmations des vendeurs de lampes en cristal de sel et l’état des connaissances physiques actuelles, je suis obligé de crier à l’arnaque. Car il y a une loi en science qui dit qu’on n’a le droit de balayer les théories vérifiées qu’un apportant des arguments – donc des preuves – solides.

2017-10-26T03:05:42+00:00 26 octobre 2017|Catégories : Sciences|

À propos de l'auteur :

Collaborateur Recherche & Développement, spécialiste calcul et modélisation thermodynamique chez Cellier Domesticus. Photographe. Pianiste. Développeur libriste, spécialisé en Python pour le calcul et la modélisation. Expériences précédentes dans la fonction publique territoriale (Conseil Régional Rhônes-Alpes), les moteurs électriques industriels (General Electric) et les voitures solaires en fibre de carbone (Esteban). Technicien sup. en mesures physiques, étudiant ingénieur en mécanique/mécatronique. Une journée passée sans créer est une journée perdue.